Opération crowdfunding - Nouveau voyage en Syrie

La bourse de compagnonnage

Fin 2017, j'ai déposé un dossier dénommé "les chutes d'Alep" en guise de postulation à la bourse de compagnonnage théâtral de l'Etat de Vaud et de la Ville de Lausanne.

Le metteur en scène qui obtient la bourse obtient un montant conséquent pour porter un projet à la scène, mais surtout a l'occasion de travailler main dans la main avec une compagnie romande déjà bien installée (la compagnie "compagne"). Ainsi, la première année, le metteur en scène sélectionné va assister la compagnie compagne dans son projet et la seconde année, c'est la compagnie compagne qui va suivre et conseiller le metteur en scène sélectionné dans son propre projet.

Un seul projet est retenu chaque année. Je n'ai pas obtenu la bourse l'année dernière, mais un des membres du jury m'a dit que mon projet avait été extrêmement bien classé et j'ai été invitée à me représenter mon dossier cette année.

Même si je n'obtenais pas la bourse de compagnonnage, je ferai tout pour mener ce projet à bien. Les deux comédiens que j'ai trouvé jusqu'à maintenant (et qui, pour des raisons personnelles, se sentent investis dans ce projet), m'encouragent à le mettre sur pied quoi qu'il en soit. Et un théâtre qui s'est déclaré prêt à me soutenir dans la création de ce projet.

Le projet

Pour la première fois, je vais me lancer dans un spectacle de théâtre-documentaire. La compagnie compagne que j'ai choisie est la Compagnie des Ombres, de Jérôme Richer, l'une des seules compagnies de Suisse Romande spécialisée dans le théâtre documentaire. Jérôme Richer est très enthousiaste quant à mon projet et à l'idée de m'aider à le réaliser.

La question de base du spectacle est la désinformation. Le terme de "fake news" est en effet devenu extrêmement à la mode (trop ?), mais ce phénomène semble toujours avoir lieu chez les autres, si l'on en croit les médias de masse. J'ai cherché à savoir si la désinformation était aussi présente chez nous et pour ce faire je me suis intéressée à la question de la guerre en Syrie.

Le spectacle va donc confronter des témoignages de civils syriens avec des extraits de médias de chez nous (principalement des médias suisses et français) et mettre le doigt sur le fait qu'il y a une énorme différence entre ce que les syriens en disent sur place et la version que l'on nous a donnée ici.

La désinformation

Pourquoi ai-je jugé aussi important de traiter de la désinformation ?

Parce que je suis persuadée que des citoyens bien informés ont un énorme pouvoir : celui de se battre pour la justice et pour un monde meilleur.

Parce que j'ai pu constater que la plupart des suisses pensent que la propagande (ou les fake news) n'ont cours qu'en Russie ou à travers Trump mais que cela n'arrive pas chez nous. J'ai pu constater de mes yeux et de mes oreilles que cela n'est pas vrai.

Au-travers de divers ouvrages, tels que ceux de Noam Chomsky ou d'autres ouvrages axés sur les médias, j'ai pu réaliser que la propagande a bel et bien lieu en démocratie également, mais de manière beaucoup plus insidieuse. Il est de surcroît évident qu'une population désinformée est aisément manipulable.

Au-travers de ce spectacle il ne s'agit donc pas seulement de rendre justice à quelques civils syriens en mettant sur le devant de la scène ce qu'ils ont dû subir durant tant d'années, mais il va aussi s'agir d'amener le spectateur à déconstruire la réalité qu'il s'était forgée et surtout d'ébranler la confiance aveugle qu'il a en nos médias.

Les voyages

Pour réaliser un tel projet à bien, j'ai été obligée de me rendre moi-même en Syrie. Tout d'abord afin de vérifier si l'histoire de la guerre en Syrie avait subi de la désinformation de la part des médias occidentaux, puis pour recueillir des témoignages qui pourront nourrir ce spectacle.

J'ai ainsi effectué pour l'instant trois voyages et suis en train de préparer le quatrième :

  • Voyage 1 : Liban

Nous devions partir en Syrie mais, suite à un problème de visas (pourtant accordés mais pas émis), nous avons dû rester au Liban. Nous avons néanmoins rencontré beaucoup de Syriens au Liban qui nous ont apporté leur témoignage, dont des réfugiés et j'ai reçu la confirmation que la guerre en Syrie était un bon sujet à traiter quant à la désinformation faite par les médias occidentaux.

  • Voyage 2 : Damas, Maaloula, Homs, Krak des Chevaliers, Safita, Alep

Premier contact avec la Syrie, recueil des premiers témoignages d'Aleppins

  • Voyage 3 : Damas, Alep, Hama

Juste après l'évacuation des derniers rebelles de la Ghouta. Première nuit à Damas le 13 avril 2018, lors des frappes américaines sur Damas. Un journaliste américain présent dans notre groupe a été le premier journaliste occidental à recevoir des témoignages de civils et de médecins précisant que l'"attaque aux armes chimiques" de Douma du 7 avril, ayant déclenché les frappes américaines était une mise en scène.
Il s'est agit d'une confirmation supplémentaire de mon choix de parler de la Syrie.

  • Voyage 4 : en cours de préparation

Contrairement aux autres voyages, je ne voyagerai plus avec un groupe d'anglophones mais avec des francophones, ce qui sera plus simple pour mon recueil de témoignages car je n'aurai pas à passer par une double traduction.
Pour la première fois également, nous avons des visas de solidarité et non pas des visas de touristes.
La responsable du voyage semble pouvoir m'emmener ensuite individuellement à Alep afin que je puisse réaliser certaines des interviews nécessaires à la préparation du spectacle.

Il est très compliqué d'entrer en Syrie actuellement. A moins de connaître un syrien, d'être journaliste ou de participer à un groupe, c'est impossible.
Jusqu'à maintenant j'ai toujours participé à des groupes,

Pourquoi ne pas passer par une plateforme officielle de crowdfunding ?

Je ne lance néanmoins pas une campagne de crowdfunding via une plateforme reconnue pour plusieurs raisons :

  • Il est compliqué de parler de la Syrie sur des plateformes de crowdfunding. J'ai entendu parler d'une campagne de crowdfunding sur la Syrie qui s'était fait censurer.
  • Les campagnes de crowdfunding sont toujours publiques et tant que je n'ai pas reçu le résultat de la bourse de compagnonnage, je ne crie pas sur les toits que je me suis rendue en Syrie. Je préfère donc partir dans une campagne de crowdfunding qui s'adresse uniquement à des personnes sélectionnées.
  • La plupart des plateformes prennent des frais. Je préfère pouvoir profiter de la totalité des dons.
  • La plupart des plateformes demandent de fixer un objectif financier et ne versent pas l'argent si l'objectif n'est pas atteint. Ayant opté pour une campagne de faible audience, il m'est absolument impossible d'estimer un objectif réaliste. Tout don sera le bienvenu, fût-il tout petit.
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